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Bientôt des anticorps monoclonaux (AcMo) pour toutes les maladies ?

Le succès des anticorps monoclonaux (AcMo) est le résultat d’un long cheminement depuis la découverte historique de leur technique de fabrication, en 1975. Les AcMo ont profondément bouleversé la prise en charge d’un grand nombre de pathologies et les quelque 350 anticorps en développement devraient continuer à apporter des solutions à des besoins médicaux non couverts.

État des lieux

- Les anticorps sont des protéines sécrétées par certaines cellules du système immunitaire qui s’attachent aux substances étrangères au corps (bactéries, virus), appelées antigènes. Ils les « marquent » afin qu’elles soient évacuées ou détruites par d’autres composants du système immunitaire. Ce dernier se souvient ensuite de ces antigènes et peut libérer les mêmes anticorps si l’occasion se représente.
- Les anticorps monoclonaux sont des anticorps artificiellement produits à partir de clones de cellules contre un antigène spécifique.
- Le premier anticorps monoclonal a été commercialisé en 1986. Mais, c’est le début du XXIe siècle qui marque véritablement l’émergence des anticorps monoclonaux en tant qu’outils thérapeutiques ciblés.

Enjeux

- Chaque année ou presque apporte son lot d’anticorps monoclonaux, étendant ainsi l’éventail de leurs possibilités de traitement : cancer du sein, maladie de Crohn, polyarthrite rhumatoïde, psoriasis, leucémie myéloïde, asthme, lupus…
- Comme le nombre d’antigènes pouvant être ciblés est potentiellement infini, ces médicaments devraient devenir incontournables au cours des prochaines décennies.
- Les AcMo sont des médicaments innovants2 : la nouveauté de leurs modes d’action reste un défi pour la pharmacologie clinique (sujets à inclure dans les phases précoces, pharmacocinétique différente…).

Que font les industriels ?

- Ils travaillent à élargir l’éventail thérapeutique des anticorps monoclonaux. Ils sont parvenus à développer des AcMo humanisés3 ou totalement humains plus actifs et mieux tolérés que les AcMo murins4 ou chimériques5 souris-homme produits initialement.
- Ils améliorent sans cesse la conception des anticorps humanisés grâce à une ingénierie6 toujours plus performante.
- Ils travaillent au développement d’anticorps « armés7 » pour faire en sorte que les AcMo deviennent des vecteurs permettant une délivrance ciblée d’autres molécules. Plusieurs approches sont en cours à partir de fragments d’AcMo recombinants, ouvrant la voie à des perspectives thérapeutiques prometteuses.

 
(1) Chiffres extraits de la présentation d’Hervé Watier. PUPH Immunologie, Université François-Rabelais. Tours. Groupe IMT. Lyon. 6 août 2013. Sa présentation reprend en partie les chiffres de l’étude Leem. Biomédicaments 2012, disponible sur www.leem.org
(2) Anticorps monoclonaux à usage thérapeutique : spécificités du développement clinique, évaluation par les agences, suivi de la tolérance à long terme. Gilles Paintaud, Marine Divine, Philippe Lechat et les participants à la table-ronde de Giens N°5. Thérapie 2012. Juillet-août. 67(4) : 319-327.
(3) Anticorps humain à 90 % : il est mieux toléré par l’organisme humain et possède une efficacité renforcée
(4) Anticorps fabriqués à partir de séquences de souris.
(5) La différence entre l’anticorps chimérique et l’anticorps humanisé se situe au niveau de la proportion conférée aux séquences de souris (ou d’autres espèces). L’anticorps chimérique est humain à 60% Source : www.masterbiologie.fr/ M1_web/index2
(6) « Anticorps humanisés en thérapeutique », par Dominique Bellet et Virginie Dangles. Med Sciences. 2005-21 : 1054-62
(7) Pour plus de détails, voir « Nouvelles avancées dans l’utilisation des anticorps monoclonaux en thérapeutique », par A.J Scheen. Rev Med Liège 2009. 64 : 5-6 ; 253-256