L'économie du médicament

Emploi et localisation

L’industrie pharmaceutique résiste à la crise mondiale mais l’emploi enregistre, pour la quatrième année, une baisse de ses effectifs directs en 2011.

La position de l’industrie du médicament en France est en recul en termes d’emploi par rapport à la période écoulée. Pour la quatrième année consécutive, l’industrie du médicament a connu une baisse de ses effectifs en 2011. Le risque d’une aggravation de la situation dans les années à venir existe, dans les entreprises du secteur et chez leurs sous-traitants, dans la mesure où de nombreuses restructurations ont été annoncées depuis 2008 et dont les conséquences sur l’emploi seront visibles sur les effectifs 2011 à 2013.

Globalement, le secteur atteint un effectif de 101 926 personnes en 2011 (103 900 en 2010). On sait que l’emploi de l’ensemble de la chaîne du médicament est d’environ 300 000 (étude Cemka, juillet 2006 complétée). D’après l’Unedic, l’industrie pharmaceutique représente 3 % de l’emploi industriel en France.

Comme l’année précédente, on constate une diminution de l’emploi du secteur en 2011 par rapport à 2010 (– 1,9 %, soit une perte de 1 974 emplois) et des inquiétudes existent pour 2012 et 2013. La baisse des effectifs est cependant moins importante qu’en 2010 (– 2,5 %). Par ailleurs les effectifs sont restés relativement stables en dix ans (– 0,6 %). De plus, le nombre de recrutements s’est élevé à plus de 7 700 en 2011 ; il est en augmentation par rapport à 2010 (+ 29,6 % – recrutements à la suite du turnover naturel, des départs à la retraite…).

En 2011, 33 réorganisations ont été annoncées en France, qui ont conduit à 28 PSE (pour rappel, 20 PSE en 2010) et à 2 734 suppressions de poste (pour rappel, 4 908 en 2010). Ces réorganisations comprennent des PSE et des créations de nouvelles activités. Les postes impactés par des PSE sont au nombre de 2 919 et les nouvelles activités annoncées vont permettre de créer 185 postes. Les suppressions de poste annoncées en 2011 devraient s’échelonner sur plusieurs années. On constate donc une augmentation du nombre de PSE en France, mais avec une diminution de près de la moitié en termes d’impact sur l’emploi par rapport à l’année précédente. Par ailleurs, 97,5 % des salariés concernés par les PSE étudiés en 2011 et 2012 ont trouvé une solution de reclassement au terme de l’exécution du PSE (période maximale de 18 à 30 mois).

Le secteur du médicament connaîtra plus de 14 500 départs à la retraite d’ici 2020 (14 % des effectifs), auxquels s’ajoutent près de 23 800 départs (22,9 %) liés au turnover naturel. Cela pose la question du renouvellement des effectifs à terme, qui sera fonction de la santé économique du secteur en France.

Paradoxalement, dans un contexte actuel de baisse des effectifs, les entreprises du médicament rencontrent des difficultés de recrutement pour certains métiers en R&D ou en production ou pour les diplômes de pharmacien ou médecin, où des pénuries d’emploi sont à craindre.

Ces difficultés existent alors que le secteur connaît des évolutions rapides, économiques, technologiques et réglementaires, dans un environnement fortement concurrentiel.

ÉVOLUTION DE L’EFFECTIF DES LABORATOIRES DÉTENTEURS D’AMM ET DES FAÇONNIERS

Si l’on souhaite estimer le niveau d’emploi total induit indirectement par le médicament, il convient d’ajouter aux 101 926 salariés des entreprises du médicament :

– 9 000 personnes environ, qui travaillent dans les PME de biotechnologies santé ;

– environ 10 000 personnes, pour tenir compte notamment de certains centres de recherche juridiquement distincts ainsi que des sociétés extérieures de visite médicale et des structures privées de R&D (type CRO’s) ;

– 8 576 personnes de l’industrie des principes actifs à usage pharmaceutique.

L’effectif de l’ensemble des acteurs de la chaîne du médicament intègre, en outre, les personnes employées chez les grossistes-répartiteurs (13 200 personnes), les dépositaires (3 000 personnes) et dans les pharmacies d’officine (148 000 personnes).

Ainsi, on peut estimer le nombre d’emplois induits à 191 776, ce qui porte l’effectif de l’ensemble de la chaîne du médicament à plus de 293 700 personnes.

Enfin, la majorité des effectifs de l’industrie du médicament (59 %) sont employés par des entreprises de plus de 1 000 salariés (soit 13 % des entreprises), bien que 48 % des entreprises soient des PME, et que plus de 50 % des salariés travaillent dans des groupes à capitaux majoritairement étrangers.

Un poids significatif dans le tissu économique de neuf régions majeures

Neuf bassins d’emploi représentent 81 % de l’emploi en France ; près de 60 % des effectifs de l’industrie du médicament se concentrent dans quatre régions : 27,7 % des salariés de la branche sont localisés en Île-de-France, 13,7 % en Rhône- Alpes, 9,2 % en région Centre et 7,7 % en Haute-Normandie.

Une évolution de l’emploi différenciée selon les activités

En quinze ans, les effectifs de R&D ont augmenté de 7,9 %, la production de 41,4 %, la commercialisation a baissé de 7,2 % et l’administration de 2,2 %. En 2011, les restructurations ont particulièrement affecté l’emploi sur les métiers de commercialisation et les familles support.

RÉPARTITION DES EFFECTIFS DES ENTREPRISES DU MÉDICAMENT SELON LEUR RÉGION D’HABITATION ÉVOLUTION DU NOMBRE DE SALARIÉS DES ENTREPRISES DU MÉDICAMENT PAR FAMILLE PROFESSIONNELLE DE 1996 À 2011

Des atouts pour l’innovation et l’économie : des effectifs de R&D et de production importants

La proportion de personnes ayant une activité de R&D est particulièrement élevée dans les entreprises du médicament.

Les Entreprises françaises du médicament emploient 21 575 personnes dans les centres de R&D (plus d’un salarié sur cinq), soit 18,1 % du total des chercheurs européens dans ce domaine. Globalement, les effectifs de la R&D ont augmenté de 18 % au cours des dix dernières années, ce qui place le secteur en tête de l’économie française dans ce domaine. Pour autant, l’emploi en recherche et développement reste fragile car les effectifs se concentrent sur un petit nombre d’entreprises et la tendance au développement des partenariats externes de recherche et de transfert d’activités de R&D vers des pays plus attractifs, notamment en termes de maillage entre public et privé et d’accès au marché, s’accentue.

D’après les statistiques du ministère de l’Éducation nationale, de la Recherche et de la Technologie, l’industrie du médicament est l’un des secteurs industriels, en France, où les effectifs de R&D sont les plus importants. Les effectifs de production ont également augmenté de 1996 à 2011, de 41,4 %.

RÉPARTITION DES EFFECTIFS PAR FAMILLE PROFESSIONNELLE PART DES EFFECTIFS DE R&D DANS LES EFFECTIFS TOTAUX DU SECTEUR

La production de médicaments créatrice d’emplois qualifiés

La France est historiquement un grand pays de production (médicaments et vaccins), et constitue une richesse dans l’économie nationale et régionale. Les effectifs sont en augmentation de 9,6 % sur les cinq dernières années et de 0,4 % de 2010 à 2011, dans un contexte de fort mouvement d’externalisation de la production pharmaceutique vers des sous-traitants depuis plusieurs années. Plus de 45 000 personnes travaillent dans les filiales ou sites de production en France, soit 43 % de l’emploi du secteur, et plus de 42 000 personnes ont un emploi de production.

Une dynamique de recrutement qui se poursuit

Les entreprises du médicament ont recruté 7 745 personnes en 2011, contre 6 992 en 2010 (+ 10,7 %), dont 57,5 % en CDI. La moyenne des recrutements sur dix ans est de 10 000 par an.

Une majorité de recrutements en production en 2011

45,2 % des recrutements en 2011 l’ont été sur des métiers de production, puis viennent la commercialisation, les familles transverses et, enfin, la R&D.

RÉPARTITION DES RECRUTEMENTS PAR FAMILLE PROFESSIONNELLE

Des emplois de plus en plus qualifiés et des compétences rares

La complexité croissante des disciplines scientifiques, le développement de nouveaux champs de recherche (biologie moléculaire, génomique, protéomique…), le renforcement des exigences de qualité et de la réglementation, les évolutions technologiques, la mondialisation de l’activité et l’intensification de la concurrence conduisent à une élévation globale du niveau de qualification des hommes et des femmes de l’industrie du médicament et à l’apparition de besoins de compétences. Ces nouveaux besoins conduisent paradoxalement les entreprises du médicament, secteur high-tech, à connaître des difficultés de recrutement sur certains métiers.

Le niveau de qualification, dans les entreprises du médicament, est élevé : 48 % des salariés sont des « cadres » et près de la moitié des salariés ont un niveau de formation égal ou supérieur à bac + 2.

ÉVOLUTION DES EFFECTIFS PAR GROUPE DE CLASSIFICATION

Des moyens importants investis chaque année dans la formation des salariés

L’industrie du médicament offre de nombreuses opportunités d’évolution et de développement des compétences à chacun, puisque les entreprises consacrent en moyenne 3,6 % de leur masse salariale à la formation tout au long de la vie. Cet effort de formation des salariés est de 20 % supérieur à la moyenne nationale des autres industries.

Un secteur professionnel qui se caractérise par une mixité relative

En 2011, 57,5 % des salariés des entreprises du médicament sont des femmes et 42,5 % des hommes. Cette répartition hommes/femmes est stable depuis plus de vingt ans. Selon les statistiques de l’Unedic, la répartition hommes/ femmes est très différente des autres secteurs industriels, où 29 % des salariés sont des femmes et 71 % des hommes.

RÉPARTITION DES SALARIÉS DE L’INDUSTRIE PHARMACEUTIQUE EN 2011

Une industrie jeune

L’âge moyen est de 42,0 ans en 2011 (41,4 en 2010, 41,2 en 2009 et 40,8 ans en 2008). Les entreprises du médicament accordent une place importante aux jeunes : les moins de 26 ans représentent 19,2 % des recrutements, et 25,8 % des salariés ont moins de 36 ans. Par ailleurs, les entreprises accueillent chaque année près de 1 600 jeunes en contrat en alternance et de 7 000 à 8 000 stagiaires, autant de sésames à la professionnalisation et à l’embauche.

RÉPARTITION DES SALARIÉS DE L’INDUSTRIE PHARMACEUTIQUE SELON L’ÂGE EN 2011

Une amélioration de l’emploi des seniors

Les salariés de plus de 45 ans représentent 36,2 % des effectifs (34 % en 2010, 33 % en 2009), répartis de la manière suivante.

- 46 à 49 ans : 14 054 personnes, soit 13,8 % de l’effectif branche.

- 50 à 54 ans : 13 671 personnes, soit 13,4 % de l’effectif branche.

- 55 à 59 ans : 7 723 personnes, soit 7,6 % de l’effectif branche.

- 60 ans et + : 1 429 personnes, soit 1,4 % de l’effectif branche.

En 2011, les entreprises du panel ont recruté 519 seniors (50 ans et plus), tous contrats confondus, représentant 7,7 % des recrutements du secteur, contre 332 en 2010 et 1 274 en 2009. 72 % des recrutements de seniors en 2011 le sont en CDI et 28 % en CDD. On constate que la part des CDI dans les recrutements de seniors est nettement supérieure à celle de l’ensemble des recrutements en 2011 (72 % contre 57,5 %). Nous rappelons que le Leem et les organisations syndicales de salariés ont signé, le 3 décembre 2009, un accord collectif sur l’emploi des seniors dans les entreprises du médicament, dans lequel la branche s’engage à faire passer le taux de recrutement des seniors de 50 ans et plus de 3,25 % à 4,1 % d’ici la fin 2012, soit + 25 %, objectif dépassé à ce jour.