Ecosystème

La France est-elle encore compétitive dans le domaine du médicament ?

La compétitivité française dans le domaine du médicament semble se dégrader lentement et inexorablement, en dépit des signaux d’alerte répétés lancés par les industriels. Pourtant, « la santé et l’économie du vivant ouvrent des espaces de plus en plus larges de recherche, d’innovation et de développement industriel où la France doit être présente3 ».


État des lieux

- La France dispose d’atouts compétitifs réels avec un système de santé et une recherche dans ce domaine internationalement reconnus pour leur qualité.
- Elle présente aussi des handicaps, avec un écosystème culturel et une organisation qui n’incitent pas à l’innovation et sur lequel il faut agir. Fiscalité, contraintes réglementaires, conjoncture morose ne facilitent pas la vie des innovateurs. Le monde de la recherche et celui de l’entreprise fonctionnent encore trop en silos.
- Le capital investissement apparaît insuffisamment développé dans l’Hexagone au regard des besoins exprimés. En 2012, 6,1 milliards d’euros bénéficiaient en France à 1 548 entreprises4 quand, au Royaume-Uni, 14 milliards d’euros étaient investis auprès de 1 000 entreprises5. Le tissu des sociétés de biotechnologies santé est composé à 55 % de TPE de moins de 10 employés6.

Enjeux

- Le développement des sciences « omiques » (génomique, protéomique, etc.), les liens croissants entre dispositifs médicaux et thérapies ainsi que le développement du numérique vont faire émerger une médecine de plus en plus personnalisée.
- De nombreux pays, la Chine, les États-Unis, l’Allemagne et la Grande-Bretagne mettent en place des stratégies d’investissement ciblées pour acquérir des positions de leaders en santé. L’Allemagne a par exemple considérablement investi dans le champ des nanotechnologies : entre 2008 et 2013, le nombre d’entreprises de nanomédecine a augmenté de 432 %, passant de 19 à 101 entreprises7.
- Il ne suffit plus de disposer de forces dans ce domaine : il faut être à la pointe de l’innovation, présenter des atouts d’excellence, convaincre de la qualité au bon moment et attirer les meilleurs talents dans un contexte de concurrence internationale.

Que font les industriels ?

- Ils multiplient les initiatives et les prises de position : participation aux pôles de compétitivité, aux différents CSIS, comités de filière, mise en place du contrat unique pour favoriser les essais cliniques à promotion industrielle en juin 2014.
- Ils cherchent à favoriser l’émergence d’ETI (entreprise de taille intermédiaire) en santé et à faire en sorte que les PME en santé gagnent en taille critique. Ils ont créé à cet effet le fonds Innobio (géré par Bpi France). En septembre 2014, ce dernier avait financé 16 entreprises dont notamment Adocia, Genticel, Poxel, ART Stent, Super Sonic Imagine, DBV Technologies, Advicenne Pharma, EyeVenSys, Pixium, Sensorion, TxCell et Biom’Up pour un montant de 95 millions d’euros.
- Ils demandent une meilleure lisibilité et une accélération du processus de décision en matière de médicament, de manière à promouvoir notamment la reconnaissance de l’innovation de rupture.

Définition

Conseil Stratégique des Industries de Santé (CSIS) :
créé en 2004 et placé sous l’égide du Premier ministre, le Conseil stratégique des industries de santé est un lieu informel de concertation et d’échanges. II permet aux pouvoirs publics  de mieux comprendre les  contraintes, les enjeux et les ambitions de l’industrie des produits de santé, et aux industriels de percevoir les exigences des différentes politiques publiques pour adapter leurs stratégies d’entreprise.
 
AMM : Autorisation de mise sur le marché
EMA : European Medicine Agency
 
(1)http://ec.europa.eu/enterprise/policies/innovation/ policy/innovation-scoreboard/index_en.htm
(2)Chiffres 2012 (FMI) cité dans le rapport Lauvergeon
(3)Citation extraite du rapport Gallois « Pacte pour la compétitivité de l’industrie française ». Novembre 2012. Page 43
(4)Source : Association française des investisseurs pour la croissance cité dans le rapport Lauvergeon
(5)Source : Bristish private equity cité dans le rapport Lauvergeon (6) Étude du Comité Biotechnologies du Leem. Juin 2014 « Les biotechnologies santé en France »
(7) Étude du Comité Biotechnologies du Leem, février 2014. « La nanomédecine »