Production

Pourquoi les biomédicaments sont-ils si coûteux à produire ?

La bioproduction permet de produire de nouvelles substances actives à partir du vivant : les biomédicaments (anticorps, vaccins, protéines, enzymes…).   Pour mettre un biomédicament à la disposition de milliers de patients, il faut en fabriquer de grandes quantités.   Cela implique la construction d’une chaîne de production spécifique et le strict respect de conditions de production (stérilité, température…), qui font de la bioproduction un process high-tech et coûteux.


État des lieux

- La bioproduction suit toujours le même protocole : elle commence par la production de la molécule dans un bioréacteur, puis par sa filtration et sa purification et enfin par une mise en forme pharmaceutique. Ces trois étapes doivent s’enchaîner en quasiment trois semaines, les protéines thérapeutiques et les anticorps monoclonaux ayant des durées de vie limitées.
- La bioproduction demande un pilotage très précis : c’est le « procédé qui fait le produit ». Des variations de procédés, même mineures, peuvent se traduire par une mauvaise expression des cellules qui n’aboutit pas à la protéine attendue.
- Ces médicaments sont en majorité des protéines ou des fragments de protéines, donc sensibles et réagissant très rapidement aux changements extérieurs de température, de concentration de sel ou de pH.

Enjeux

- Pour démarrer la bioproduction, l’industriel puise un échantillon cellulaire dans sa banque de cellules. Ces réserves cellulaires, conçues pour couvrir plusieurs dizaines d’années de production, sont conservées dans plusieurs endroits distincts, ultra sécurisés.
- Les supports chromatographiques utilisés sont particulièrement onéreux, de l’ordre d’1 million d’euros3 pour le remplissage d’une seule colonne.
- La décision de mise en construction est généralement prise prise vers le milieu de la phase III. Entre cette décision et la production de lots validés, il s’écoule entre trente et quarante-deux mois. Le rendement des médicaments produits par biotechnologie est généralement faible : un bioréacteur de 10 000 litres3 conduira à la production d’environ 1,5 à 2 kg de protéines.

Que font les industriels ?

- Ils cherchent à anticiper au maximum afin de rentabiliser leurs investissements : toute grande installation destinée à la production de biomédicaments est pratiquement unique et nécessite de longues mises au point avant de trouver les bons réglages et les bons bioprocédés.
- Ils se sont adaptés aux caractéristiques de la production biologique très différente de celles de la production chimique.
-Ils ont dû aussi adapter leurs « compétences » galéniques : lyophilisation, techniques de conservation pour les solutions injectables, respect de la chaîne du froid.
 
(1) Chiffre extrait de l’étude du Comité biotechnologies du Leem : « Biomédicaments en France : état des lieux 2013 » disponible sur www.leem.org
(2) Chiffres extraits du rapport d’Yves Legrain. « Les biomédicaments : des opportunités à saisir pour l’industrie pharmaceutique ». Conseil économique, social et environnemental. 2009
(3) Yves Legrain. Ibid.cité. Les rendements sont souvent de l’ordre de 1,5 à 2 g/l ; les meilleurs espoirs s’orientent vers 5 g/l