Paroles de Patients

Le Prix Paroles de Patients évoqué par Bertrand de Saint-Vincent, membre du jury

Le prix « Paroles de Patients » a été décerné en 2013 pour la sixième fois. Créé en 2008 à l’initiative des Entreprises du Médicament, cette distinction a pour objectif d’illustrer le rôle du patient ou de ses proches dans leur façon d’aborder la maladie, de lutter contre sa progression, de participer au traitement et de la surmonter. Elle souligne l’importance de la parole et de l’attention aux autres dans la guérison et couronne, outre les vertus littéraires d’un ouvrage, ses qualités d’analyse et de réflexion.

Au fil des ans, ce type de livres s’est multiplié jusqu’à devenir un vrai genre éditorial. Du simple examen médical, voire du carnet de bord que l’on tient pendant la tempête- comme on serre une corde, pour ne pas perdre pied- ces témoignages ont évolué vers le récit, souvent exemplaire, d’un combat contre la maladie. Elle est décrite comme un personnage qui s’immisce dans l’intimité du narrateur et vient en bouleverser l’existence. On suit ses attaques, sa perversité, les bouleversements qu’elle engendre mais aussi, et surtout, la résistance que lui opposent ceux qui vont finir par la vaincre : « l’Empereur, c’est moi » proclame ainsi Hugo Horiot, évoquant sa guerre sans merci contre l’autisme ; « Chacun porte en soi une force insoupçonnée », s’émerveille Nicolas de Tonnac, paralysé après une chute d’un arbre et devenu, à force de volonté, un autre homme. Quand on n’a plus de jambes, on ne baisse pas les bras : L’humour est, aussi, une arme contre le désespoir: « Elle rit dans la nuit » lance Geneviève de Cazaux, évoquant la maladie d’Alzheimer de sa mère qui l’a amené à quitter sa situation pour l’affronter à bras le corps.

Tous ces témoignages, par un étonnant paradoxe, nous donnent une formidable leçon de vie. A l’heure ou tant de bien portants songent surtout à se plaindre, ces victimes de la maladie tranchent par leur courage, leur volonté, leur énergie. Longtemps dépressive, Laurence Kiberlain a fini par vaincre ce sentiment écrasant d’être Moyenne. Schizophrène depuis l’âge de 18 ans, Polo Tonka s’était juré d’écrire un livre sur l’atrocité de cette déchirure intime. Il l’a fait dans « Dialogue avec moi même » et en est heureux. Malgré sa maladie des os, qui voient ceux-ci se briser comme du verre, Philippe Rhamy a décoché son billet pour Shangai et relate son séjour dans Béton armé. Atteint du syndrome de Little, Etienne Hoarau a traversé les Amériques Sud et Nord en vélo : A contre-pied, s’amuse-t-il. Enfermé dans son corps par une paralysie soudaine, Boris Razon s’en est échappé par l’écriture d’un roman incandescent qui enflamme la rentrée, Palladium.

Il n’y a pas de fatalité. Il n’y a que des êtres vivants qui se battent, parfois depuis leur plus jeune âge- comme le souligne Sevim Riedinger dans le Monde secret de l’enfant-  contre le déclin et l’extinction de leurs forces. En cet automne un peu gris, le Prix « Paroles de Patients » est là pour leur rappeler que leur parole est écoutée.