L'économie du médicament

Recherche et développement

Un processus indispensable à l’innovation
Depuis près de deux siècles, les médicaments apportent des progrès thérapeutiques continus. Ce chemin est jalonné par des innovations majeures, qui soignent et guérissent des maladies jusqu’alors incurables, et par des avancées régulières, qui permettent au médicament de gagner en efficacité, en simplicité d’utilisation ou en sécurité.
Cette innovation « incrémentale », ou progressive, a une importance médicale et économique notable. Elle est le fruit de recherches soutenues et se traduit par des bénéfices, parfois majeurs, pour les patients.
Les nombreux vaccins efficaces contre des maladies mortelles ou aux séquelles graves, les antirétroviraux contre le Sida, les antiviraux d’action directe contre l’hépatite C, les immunosuppresseurs dans l’accompagnement des greffes, tous ces médicaments font gagner du terrain sur les maladies.
Pour les pathologies les plus lourdes – maladies cardiovasculaires, cancers, maladies auto-immunes –, on dispose aujourd’hui de traitements qui transforment le pronostic, et les perspectives de la recherche sont nombreuses, dans des voies nouvelles.
De plus en plus, dans une orientation de médecine plus personnalisée, le principe actif devient une composante d’une solution de santé qui intègre des dispositifs et/ou programmes de suivi, peut nécessiter des biomarqueurs compagnons pour identifier les patients réceptifs et donner lieu à des études médico-économiques de vie réelle pour en réévaluer l’efficience.

 

Le cycle de vie du médicament
De 10 000 molécules criblées à dix qui feront l’objet d’un dépôt de brevet et une qui parviendra à passer toutes les étapes de tests et d’essais cliniques pour devenir un médicament, le chemin de l’innovation au malade est long (douze ans en moyenne), complexe et coûteux.
La mise au point d’une nouvelle molécule représente un investissement d’environ 1 milliard d’euros.
En dix ans, les coûts principaux du développement, incluant le nombre d’essais cliniques requis et le nombre de patients dans chaque essai, compte tenu d’exigences légitimement accrues, ont plus que doublé. L’amortissement financier de ces travaux ne peut se faire qu’au plan mondial, ce qui est renforcé par l’arrivée tardive des médicaments sur les marchés et la concurrence précoce des génériques.
Le brevet, essentiel au financement de la recherche, permet de protéger l’innovation pendant vingt ans. Il peut être prolongé d’une durée maximale de cinq ans par un certificat complémentaire de protection (CCP).
Le brevet débute dès que la molécule est identifiée. Celle-ci va ensuite subir des séries de tests précliniques et cliniques, qui s’étendent sur une dizaine d’années. Il lui restera encore à passer l’étape d’autorisation de mise sur le marché, de l’évaluation par la Commission de la transparence et de la fixation du prix du médicament lors des négociations avec le Comité économique des produits de santé (CEPS).
Compte tenu de toutes ces étapes, l’innovation ne bénéficie d’une protection commerciale effective que de dix ans en moyenne.
De surcroît, un produit nouveau ne rejoint que progressivement (deux à trois ans) sa population cible thérapeutique alors que, au terme du brevet ou de la protection des données, l’arrivée des génériques est devenue très rapide génériques est devenue très rapide.

.

 
Les étapes clés des phases de tests et de développement permettent de vérifier l’efficacité de la molécule et d’en connaître les éventuels effets secondaires. De nombreux candidats médicaments sont ainsi écartés car ils ne présentent pas un rapport bénéfice/risque positif.
Les études précliniques et les essais cliniques sur l’homme sont les deux phases scientifiques conduites par l’entreprise pour développer le médicament. Ces études sont déclarées auprès des institutions sanitaires compétentes, qui contrôleront l’efficacité et la sécurité du médicament.

 

Les études précliniques
Le candidat médicament traverse tout d’abord une série de tests dits « précliniques ». Ces essais sont des passages obligés avant toute étape de test sur l’homme.
• La pharmacologie expérimentale : des essais d’efficacité sont réalisés sur des systèmes moléculaires inertes, sur des cellules et cultures et, enfin, sur des modèles animaux. C’est la première preuve de concept.
• La toxicologie : ces études évaluent les risques d’effets secondaires des futurs médicaments.
• La pharmacocinétique et le métabolisme
du médicament : ces études portent sur des propriétés pharmaceutiques de la molécule telles que l’absorption, le métabolisme, la distribution et l’élimination. Mais elles ont aussi pour but de prouver les propriétés pharmacologiques.
Si les résultats de ces études sont positifs, le médicament entre en phase d’essais cliniques sur l’homme.

 

Les essais cliniques
Seul un médicament sur quinze candidats atteindra ce stade. Ces études se font en trois phases principales, qui doivent se dérouler selon les bonnes pratiques cliniques.
Elles sont réalisées en milieu hospitalier ou en cabinet médical, sous la responsabilité de médecins experts : les investigateurs.

Phase 1 : Tolérance ou innocuité
Des quantités croissantes de la nouvelle molécule sont administrées à des volontaires sains, sous surveillance étroite. Cette phase permet d’évaluer les grandes lignes du profil de tolérance du produit et de son activité pharmacologique.

Phase 2 : Efficacité du produit sur de petites populations et recherche de dose
Cette phase se déroule chez un petit nombre de patients hospitalisés. Il s’agit, ici, de définir la dose optimale, c’est-à-dire celle pour laquelle l’effet thérapeutique est le meilleur avec le moins d’effets secondaires. Les études de preuve du concept servent à valider une nouvelle hypothèse de traitement chez le patient.

Phase 3 : Études « pivots »
Dans des conditions aussi proches que possible des conditions habituelles d’utilisation des traitements, l’efficacité et la sécurité sont étudiées de façon comparative au traitement de référence ou à un placebo.
Cela est vérifié sur un grand groupe de malades. Précautions d’emploi et risques d’interaction avec d’autres produits sont identifiés.
Les essais peuvent couvrir de plusieurs centaines à plusieurs milliers de patients.
Ces trois étapes, quand elles sont franchies avec succès, vont être intégrées dans le dossier qui sera présenté aux autorités sanitaires, pour recevoir, avec l’approbation officielle, l’autorisation de mise sur le marché. Le médicament sera ensuite mis à disposition des malades.
Seuls les médicaments « originaux » traversent ces longues étapes. La version « générique » d’un médicament est une copie de la molécule d’origine. Elle ne repasse pas ce long cycle d’essais.

 

Information et essais cliniques
La recherche clinique est un enjeu majeur d’attractivité d’un pays au regard des investissements internationaux. La situation de la France dans la compétition internationale en recherche clinique est mesurée tous les deux ans par les enquêtes menées par le Leem.
En 2014, la France réalise 10 % des études internationales industrielles et compte toujours parmi les grands acteurs de la recherche clinique mondiale, mais elle doit faire face à la puissance nord-américaine, à la montée de la région Europe de l’Est, et à la concurrence de l’Amérique latine et de l’Asie.
Certains domaines thérapeutiques comme la cancérologie et l’infectiologie restent prédominants dans notre pays (respectivement 38 % et 16 % des études).
Néanmoins, les auteurs de l’étude relèvent plusieurs points sur lesquels une vigilance accrue doit être portée : une augmentation des délais de signature du premier contrat hospitalier (médiane de 122,5 jours), une augmentation du délai médian d’approbation par les Comités de protection des personnes (62 jours) et une diminution du nombre de patients recrutés dans les études. La mise en place du contrat unique par circulaire ministérielle, courant 2014 – qui consiste en une procédure de convention unique pour les recherches biomédicales à promotion industrielle dans les établissements de santé publics – a permis, en 2015, de réduire les délais de mise en place des essais à l’hôpital et ainsi de contribuer au maintien d’essais cliniques internationaux en France.
Par ailleurs, les entreprises du médicament se sont engagées au niveau international, à partir de janvier 2014, dans un processus de mise à disposition large et rapide des résultats des essais cliniques qui accompagnent la vie des médicaments. Les entreprises ont ainsi décidé de rendre publiques les synthèses des résultats de tous les essais cliniques des médicaments déjà autorisés sur le marché, via des bases de données gratuites, accessibles au grand public, et ce, quels que soient les résultats des essais.
L’industrie du médicament publie également des registres sur les nouveaux essais cliniques.
Ces registres, accessibles sur Internet, comprennent des informations sur les modalités de recrutement des patients ou des praticiens dans ces essais.

 

La pharmacovigilance
La sécurité du médicament est une préoccupation permanente des entreprises du médicament.
Une fois le médicament dispensé aux malades, la pharmacovigilance l’accompagne pendant toute son existence et fera aussi l’objet de procédures rigoureuses.
Tout accident de santé lié à la prise de médicaments est signalé dans un délai obligatoire aux instances réglementaires.
Les entreprises remettent également un rapport sur le suivi du médicament tous les six mois, pendant les deux premières années de la vie du médicament, puis tous les ans, pendant les trois années suivantes, et enfin tous les cinq ans, tant que lemédicament est commercialisé.

 

Le développement de milliers de nouveaux médicaments au cours des 50 dernières années a été financé par les entreprises du médicament et par leur capacité à accroître leurs dépenses de R&D.
L’innovation thérapeutique présente à la fois un coût élevé et un risque financier majeur : le temps nécessaire à la recherche mobilise d’importants capitaux sur une longue période, pour un résultat incertain. Peu de médicaments génèrent des gains suffisants pour couvrir l’ensemble des coûts de recherche et de développement engagés.
En outre, les entreprises ne peuvent compter que sur un nombre limité de médicaments pour financer leur R&D future. La diversification du portefeuille de produits des entreprises permet de minimiser le risque associé à chaque médicament.
Ce phénomène explique les rapprochements récents, grâce auxquels les entreprises réalisent des économies d’échelle.

Aujourd’hui, la protection des molécules par un brevet est l’une des garanties du financement de la recherche future, donc du développement de nouveaux médicaments vitaux
au meilleur rapport coût/efficacité.
 
 
Les dépenses de R&D représentent 9,8 % du chiffre d’affaires des entreprises du médicament
En 2014, les secteurs pharmaceutique et des biotechnologies maintiennent leur place de leader en termes d’investissement en R&D (source : Suivi des investissements en R&D industrielle par la Commission européenne).
Parmi les 25 premiers groupes investissant le plus en R&D, six sont des entreprises pharmaceutiques.
 
Les conditions du développement du processus d’innovation, en France, sont une recherche académique puissante, un maillage de collaborations efficaces et des moyens croissants.
Mais l’Europe en général et la France en particulier paraît moins préparé que les États-Unis pour créer le terrain favorable à la progression de l’innovation thérapeutique sur leur territoire.
C’est un enjeu crucial pour notre pays, qui doit créer les conditions d’attractivité pour réussir le développement de la recherche et des projets industriels sur le médicament.
La production et la dispensation des médicaments de demain seront fortement créatrices de valeur, proches des sites de R&D, et la France peut jouer un rôle dans ce secteur d’activité.
De fait, un effort particulier a été conduit en France, depuis 2009, avec l’autonomie des universités, la coordination de la recherche publique (Aviesan), les investissements d’avenir, et enfin le crédit impôt recherche.

 

Un effort de recherche majeur, autofinancé par les entreprises
L’industrie du médicament est l’un des secteurs économiques dont l’effort de recherche est le plus important.
Le budget total consacré à la recherche est certes inférieur, en valeur absolue, à celui de l’automobile ou à celui de la construction aéronautique et spatiale, mais il représente 9,8 % du chiffre d’affaires des entreprises du médicament, contre seulement 7,9 % pour la construction aéronautique et spatiale, et 5 % pour l’automobile.
Il est d’environ 4,6 milliards d’euros en 2013, dont 40 millions d’euros de fonds publics, soit 0,9 % de l’effort de R&D.
 
En 2013, plus de 20 000 personnes sont employées à la recherche et au développement en France, dans les entreprises du médicament.
Mais ces données minorent la réalité : les emplois publics à l’université ou en contrat de recherche, financés dans le cadre de partenariats public/privé – voie actuellement en plein essor dans les sciences de la vie –, ne sont pas pris en compte.
 
 

 

Progrès thérapeutique 2015 : le dynamisme de la recherche pharmaceutique ne faiblit pas
39 nouveaux médicaments ou associations de médicaments ont été autorisés par la Commission européenne en 2015 : un chiffre qui démontre le dynamisme de la recherche pharmaceutique. En 2015, les nouveaux médicaments se concentrent sur douze aires thérapeutiques. Même tendance outre-Atlantique, le flux d’innovations ne se tarit pas, avec 45 nouveaux médicaments autorisés.
Cette année, le domaine de la cancérologie occupe la première place, avec quatorze médicaments en Europe et quatorze médicaments aux États-Unis.
En Europe, arrivent ensuite la classe des anti-­infectieux et celle des médicaments d’hématologie, avec respectivement cinq produits.
Aux États-Unis, les traitements contre les maladies du métabolisme se classent en deuxième position, suivis par la classe thérapeutique du système cardiovasculaire.

Enfin, depuis 2011, se dégage une tendance autour des médicaments orphelins : leur nombre est en croissance soutenue. En 2015, dix-huit ont été autorisés en Europe et vingt et un aux États-Unis, contre respectivement sept et trois en 2012, cinq et treize en 2013 et douze et quinze en 2014.