Contrefaçon

La contrefaçon de médicament : un fléau qui prend de l’ampleur

  • 19.05.10

AGGRAVATION Bien qu’il soit très difficile d’obtenir des données fiables, car seules les contrefaçons découvertes sont prises en considération, l’évolution mondiale est inquiétante. Premiers touchés : les pays en voie de développement et l’Afrique.

Ce fléau touche en premier lieu les pays pauvres et en voie de développement où le taux de médicaments contrefaits peut se situer au-delà de 60 %.

Toujours selon l’OMS, sur le million de décès annuels dus au paludisme, 200 000 pourraient être évités si les malades étaient soignés avec de vrais médicaments.

D’après le Lancet, 64% des médicaments antipaludéens étudiés au Vietnam ne contiennent pas de principe actif.

Enfin, on estime que 10 à 12% des médicaments vendus en Russie sont contrefaits, 30% en Indonésie, 35% au Liban (dans ce cas souvent avec des boîtes en français).

De nombreuses raisons expliquent la présence massive de contrefaçons. Outre les problèmes socio-économiques déjà évoqués, il faut également prendre en considération l’existence de nombreux facteurs juridiques et politiques : absence de législation pharmaceutique et d’autorités de régulation adéquates, faiblesse des sanctions pénales, corruption…

Typologie de la contrefaçon dans les pays en développement


Qualité de la contrefaçon


Mauvaise qualité. Incidence sur la santé publique.

Les faux médicaments sont fréquents. En 2001, 38 % des 104 antipaludéens en vente dans les pharmacies de l’Asie du
Sud-Est ne contenaient aucun principe actif. En 1995, des vaccins contre la méningite offerts au Niger par le Nigéria ne contenaient que de l’eau.

L’absorption d’un sirop de paracétamol contre la toux préparé avec du diéthylène glycol, un produit toxique utilisé comme antigel, à la place du propylène glycol a ainsi provoqué la mort de 89 personnes en Haïti en 1995 et de 30 nourrissons en Inde en 1998.

Circuit de commercialisation D'abord étals de marché ou « pharmacies gazon » mais aussi parfois pharmacies ou hôpitaux ce qui a des conséquences importantes sur la qualité de la prescription, la dispensation mais aussi la conservation des produits.
Produit concerné Produits destinés à traiter des affections potentiellement mortelles telles que le paludisme, le VIH/SIDA, ainsi que les antibiotiques, les analgésiques, les antiparasitaires, les produits sanguins…
Rentabilité
Difficilement chiffrable.
 

Le cas particulier de l'Afrique

La contrefaçon de médicaments en Afrique est un problème grave, d’ampleur diverse selon les pays mais qui nécessite, dans tous les cas, la mise en place de mesures radicales permettant d’assurer la mise à disposition de médicaments de qualité pour tous les patients africains. Le taux de médicaments contrefaits peut se situer au delà de 60% (on compte 30% pour le Kenya mais 70% pour l’Angola (OMS).
En 1995, un faux vaccin au cours d’une épidémie de méningite fait 2 500 morts au Niger. En 2009, un sirop toxique contre la toux fait plusieurs dizaines de morts au Nigeria.

Des circuits officiels d’importation, de distribution et de dispensation de médicaments en péril

La mise en place de législations dans les pays d’Afrique subsaharienne francophones garantissant l’existence et l’exclusivité d’un circuit pharmaceutique pour l’importation, la distribution et la dispensation de médicaments a constitué pendant plusieurs décennies un rempart assez efficace contre toutes les invasions de produits contrefaits ou de mauvaise qualité.

Avec la globalisation des échanges en particulier avec l’Asie, l’émergence de producteurs africains peu scrupuleux, en particulier au Nigéria et le manque de moyens des autorités de contrôle, la situation s’est rapidement dégradée et le marché africain longtemps protégé est aujourd’hui largement exposé aux produits contrefaits.

Des signaux inquiétants sur la qualité des médicaments en circulation et sur les risques pour la santé publique

Après le drame des faux vaccins contre la méningite qui avaient fait 2500 morts au Niger en 1995, de nombreux faits similaires continuent d’interpeller régulièrement les autorités de santé, le plus récent était la mort en décembre 2008 de 40 patients nigérians ayant absorbé un sirop contre la toux contenant du diéthylène-glycol (antigel) dont on connaît depuis fort longtemps la très haute toxicité rénale et hépatique.

En 2004, une étude conduite par l’Institut de Recherche pour le Développement (IRD) avait conclu que 70 % des médicaments antipaludéens circulant au Cameroun étaient contrefaits. Plus récemment dans son rapport 2008, l’OMS mentionnait que 70 % des médicaments circulant au Nigéria étaient contrefaits malgré les mesures prises par les autorités pour lutter contre ce fléau.

La nécessité d’une volonté politique forte à tous les niveaux

La volonté politique et les moyens mis à la disposition des autorités doivent être à la hauteur du risque que représente la contrefaçon pour la santé publique.
La mobilisation pour vaincre ce fléau, doit être aussi forte que celle pour lutter contre toutes les endémies.
En effet, les effets délétères de médicaments à la composition incertaine et souvent dangereuse peuvent générer des catastrophes sanitaires graves et favoriser l’apparition de résistances aux différents agents anti-infectieux.

Des mesures adaptées au contexte africain à mettre en place d’urgence

Afin d’endiguer rapidement le flot de plus en plus important de produits contrefaits, une série de mesures doivent être mises en place rapidement par les autorités concernées.

Pérenniser le caractère pharmaceutique de l’importation, de la distribution et de la dispensation du médicament

  • En luttant contre les importations frauduleuses
  • En sélectionnant rigoureusement les laboratoires pharmaceutiques et les produits autorisés
  • En éliminant tous les circuits de ventes illicites des plus simples aux plus organisés
  • En informant régulièrement les populations des risques encourus

Renforcer la coopération entre administrations (santé, douanes et police), laboratoires pharmaceutiques, grossistes, médecins et pharmacies d’officine

  • En facilitant les échanges d’informations
  • En coordonnant les actions de lutte
  • En mettant en place des programmes de formation de tous les agents impliqués

Renforcer les sanctions contre les contrevenants

  • En impliquant les autorités politiques
  • En promulguant des lois visant à pénaliser le délit de contrefaçon
  • En prononçant des sanctions lourdes contre les délinquants qui mettent en danger la vie d’autrui

En développant des infrastructures techniques garantissant la qualité

  • En augmentant les capacités des laboratoires nationaux de contrôle
  • En mettant en place ou en développant un système de pharmacovigilance
  • En mettant en réseau l’ensemble des DPM (Division de la Pharmacie et des Médicaments) d’Afrique pour permettre des échanges d’informations sur la contrefaçon et la pharmacovigilance

L’appel de Cotonou

La lutte contre la contrefaçon nécessite un engagement de toutes les parties et en premier lieu les gouvernants au plus haut niveau. C’est l’objet de l’appel lancé en octobre 2009 à Cotonou par Jacques CHIRAC dans le cadre de sa Fondation, signée par un nombre important de chefs d’état et de responsables gouvernementaux en particulier africains. Cet appel exhorte les chefs d’états et de gouvernement à prendre « la pleine mesure des enjeux de santé et de sécurité publique liés au fléau des faux médicaments et à décider sur le plan national des mesures appropriées ».

Le programme « IMPACT » de l’OMS : une opportunité à saisir

A l’échelon mondial l’OMS a mis en place, depuis fin 2006, à travers son initiative IMPACT (International Medical Products Anti-Counterfeiting Taskforce), un programme de lutte contre la contrefaçon qui s’articule autour de 5 groupes de travail :

  • Législation (modèle de législation destinée à lutter contre la contrefaçon de médicaments)
  • Mise en application (à l’origine de plusieurs opérations de douane)
  • Technique
  • Aspects réglementaires (Guide de bonnes pratiques de distribution)
  • Communication

L’adaptation de ce programme et sa mise en place en Afrique peuvent constituer une réelle opportunité pour lutter efficacement contre les contrefacteurs qui multiplient leurs activités sur ce continent.

Pour en savoir plus :

Pour tout savoir sur la contrefaçon pharmaceutique, consultez notre webdocumentaire.

>Identifier un médicament falsifié (infographie)

> Les entreprises du médicament se mobilisent-elles suffisamment contre la contrefaçon de médicaments ?

> Contrefaçon de médicaments - édition 2010